1991 fictions est un projet qui vise à collecter des récits de fiction des imaginaires collectifs nés lors de l’épidémie de coronavirus (covid-19). Le nom du projet fait référence au roman 1984 de George Orwell et au chiffre 19 associé au nom du virus. Le principe est simple : écrivez la suite des scénarios proposés ci-dessous.

KRACH | CRASH

Les transports ont été réduits à leur minimum durant le confinement. Pendant ce temps, la plupart des grosses compagnies aériennes ont fait faillite. Il est désormais très coûteux de prendre l’avion.

ANTIDOTE

Un groupe de chercheurs sud-africains a trouvé un vaccin contre le coronavirus. Le souci est qu'ils comptent le vendre à prix d’or, et qu’aucune loi ne semble pouvoir le leur interdire.

ISOLÉS

Des camps de malades autogérés commencent à se développer partout dans le monde. Dans un des plus gros camps, il y a même des rumeurs de déclaration d’indépendance.

SUBSISTANCE

Lors de l'épidémie, la plupart des états ont fermé leurs frontières et le commerce a drastiquement diminué. Certains pays sont au bord de la famine.

SURVOLÉS

Le Covid-19 a muté pour devenir extrêmement meurtrier. Le confinement est encore plus strict et des groupes de drones se sont mis à quadriller les rues de Paris pour repérer ceux qui s’aventurent hors de chez eux.

RACINES

Nous sommes restés confinés tellement longtemps que les plantes ont repris le contrôle de la ville. Les routes ont été brisées par des racines et sont devenues inutilisables.

PARTAGE

Le confinement donné lieu à un boom du partage des connaissances et des informations, si bien que les médias peinent à se faire une place.

CONSÉQUENCES

Le comité scientifique de l’Organisation Mondiale de la Santé préconise une quarantaine de 1 an et demi. Il est estimé que 35% des emplois auront disparu à cause des faillites d’entreprises.

DOUTE

La Chine emploie tous ses canaux de communication pour réduire sa responsabilité dans la crise. Elle parvient à faire douter les médias de tous les pays sur la provenance du virus et le réel déroulé des évènements.

SOULÈVEMENT

Les métiers peu qualifiés qui ne peuvent pas télétravailler décident collectivement de faire grève pour forcer l’Etat à mieux les protéger.

MOIS CONFINÉ

La quarantaine a été une expérience très instructive pour beaucoup. Un à un, les gouvernements se mettent à considérer la mise en place d’un “mois de quarantaine” chaque année pour réfléchir à notre société.

FOULE

Après le confinement, certains pays souffrent de taux anormalement élevés d’agoraphobie. Nous avons passé tellement de temps en intérieur qu’il est difficile de se réaccoutumer à sortir.

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CONTRÔLE

Le virus est plus mortel que jamais, dit-on, le monde est sous un confinement indéfini et nous sommes observés à chaque minute de chaque jour : des drones volent dans les rues et des hommes masqués bloquent les routes ; nous ne pouvons pas bouger ; nous ne pouvons pas parler ; toutes nos voix sont éditées et censurées pour arrêter l'hystérie collective. Nous sommes prisonniers de nos propres maisons, forcés de consommer et d'alimenter la nouvelle économie virtuelle qui a été mise en place par le 1%. Mais il y a des chuchotements qui sont étouffés dans les coins sombres de la nouvelle plateforme de RV appelée Lyfe : une conspiration que nous sommes contrôlés, conduits comme des moutons à l'abattoir, gardés sous clé pour leur commodité, maintenus dans la peur par les médias... Mais ce ne sont que des chuchotements, la question est de savoir s'ils deviendront un jour des cris ? vous joindrez-vous à ces cris ? et ces cris libéreront-ils la société d'une ère de tyrannie ou plongeront-ils la race humaine dans un sommeil plus profond ?

par Jonas B.

Y’A PLUS DE SAISONS

Toutes mes amies venaient d’être licenciées. Moi, je ne sais pas pourquoi, ils m’avaient gardée. On était deux fois moins dans l’usine, mais on avait pourtant deux fois plus de travail. J’attendais encore mon salaire pour les vêtements que j’avais cousu 3 mois plus tôt. Ça commençait à devenir compliqué, les enfants étaient à la maison et je ne savais plus quoi leur faire à manger. Je volais parfois quelques t-shirts à l’usine pour les habiller. J’étais révoltée, par la faim, par la fatigue, par cet endroit qui me faisait vivre chaque jour un peu plus dans la peur. Quelques semaines ont encore passé, et toujours aucune trace de ce salaire. Alors je me suis dit, qu’est-ce ce qui me différencie de mes amies qui n’ont plus d’argent, si ce n’est que je n’en ai pas non plus mais que je continue à être exploitée ? Avec celles qui étaient encore à l’usine, on a décidé de se réunir le lendemain. C’est comme ça que la grève a commencé. Cette crise sanitaire avait été l’évènement de trop. On manifestait tous les jours devant l’usine, et le soir en rentrant chez nous, on imaginait mille façons de refaire le monde. Toutes les autres usines de la ville, et même de la région, avaient arrêté leurs productions. On rêvait de ne plus dépendre de personne, de ne plus travailler pour les autres, et enfin s’occuper de nous-même. Pour cela on voulait d’abord que les comptes soient réglés, on demandait aux marques de payer ce qu’elles nous devaient, on voulait montrer qu’on existait et qu’on avait une voix. On voulait faire autant de bruit que possible, alors on chantait, on hurlait pour qu’on nous entende jusqu’à l’autre bout du monde. On souhaitait ainsi montrer qu’on n’était pas simplement des machines, et que si l’on décidait d’arrêter tout, alors ce système ne pouvait plus fonctionner. Un jour on a appris que l’usine fermait pour de bon. Quelques mois plus tôt on aurait été abattues, mais là, c’est comme si tous les possibles s’offraient à nous. Comme je savais lire et écrire, j’étais dans les leaders de ces mouvements de protestation. J’étais chargée de tenir un journal de bord de nos activités quotidiennes, de rédiger des notes pour les médias, d’écrire différents discours. Après les manifestations, il a fallu réfléchir à toute la suite. On a commencé par récupérer toutes les machines avant que les bâtiments soient détruits. J’ai ensuite pu monter ma propre petite usine de confection, c’était beaucoup plus modeste qu’avant, on était une vingtaine. Tout avait changé, on n’habillait plus le monde entier maintenant, mais simplement les gens de notre ville et celles alentours. L’argent, on en utilisait presque plus, si quelqu’un avait besoin d’un vêtement, on voyait ce qu’on pouvait s’échanger. C’est comme ça que je payais mes couturières, à coup d’épices, légumes, pain, et même différents services. Finalement, tout le monde réussissait à avoir ce dont il avait besoin. Il a fallu du temps pour que tout se mette en place, mais c’est comme cela qu’on a réussi à s’autogérer, à produire simplement ce dont on avait besoin et qu’on en est venu à bout des 24 saisons annuelles de collections de vêtements pour le reste du monde. Les rivières aux alentours reprenaient petit-à-petit une couleur normale et les champs redevenaient fertiles.

par Camille L.

LA RÉVÉLATION

Le temps était maussade ce jour-là à Montrouge. Roseline cherchait des idées de prénom pour l’enfant qu’elle portait. L’insémination s’était parfaitement déroulée, le nouveau-né serait à l’abri des virus qui avaient décimé une grande partie de la France vingt ans plus tôt. Ce serait de nouveau un garçon. Même si toutes les grossesses étaient conçues in vitro, les lois bioéthiques restaient strictes, et il n’était pas possible de choisir le sexe de l’enfant. Son fils ainé Raoul était dans sa chambre, où l’hologramme de sa maîtresse s’agitait sur les accords du participe passé. Roseline ne travaillait pas. Depuis la crise de 2020, des mesures avaient été prises pour relancer la natalité dans le pays, et les femmes enceintes bénéficiaient d’un congé intégral dès l’annonce de leur grossesse. La tradition était de donner aux enfants des prénoms d’ascendants, ou de héros de la crise sanitaire, c’est ainsi qu’elle avait elle-même était baptisée Roseline, en hommage à une médecin ministre pionnière du principe de précaution. Cet après-midi, le mari de Roseline serait disponible pour s’occuper de Raoul. Comme la plupart des français avec un enfant de moins de dix ans, il télé-travaillait de huit heures à quatorze heures. Roseline se dit que c’était l’occasion rêvée pour aller vider le grenier de cette maison atelier que leur avait léguée sa grand-tante Annette. « Il contient des archives de famille sans intérêt », leur avait-elle indiqué au moment du déménagement. Peut-être y trouverait-elle l’inspiration. Le smartphone de Roseline vibra. Il était 12H30, le drône traiteur venait de livrer à chaque membre de la famille son déjeuner individualisé, adapté à son âge et ses conditions médicales. Elle avala le sien et monta dans le grenier dès qu’elle reçut le message de la porte connectée lui indiquant que son mari était sorti de son bureau. Des boîtes poussiéreuses étaient amoncelées, elle en ouvrit une première. A l’intérieur se trouvait des bandes de plastique perforées grisâtres. Décevant pour elle qui s’attendait à trouver des lettres, des albums de familles. A la dixième boite, elle perdit tout espoir de trouver autre chose que ces bandelettes de plastique. Elle décida de rendre visite à sa grand-tante qui se trouvait aujourd’hui en Ephad pour lui demander quelques explications. Quelques minutes plus tard, son hologramme se trouvait dans la chambre de la tante Annette, qu’elle avait un peu honte de visiter aussi peu souvent malgré les facilités qu’offrait la technologie. — « Ce sont des pellicules », expliqua tante Annette, « ton arrière-grand-père aimait beaucoup la photographie » — « Ah bon ? » et pourquoi n’ai-je jamais vu d’impression chez toi ou chez grand maman ? — « Elles ont brulé, et de toute façon , elles n’avaient pas grand intérêt » — « J’aimerais quand même les voir » — « La grossesse te donne des accès de nostalgie, ma petite ! », malheureusement tu ne trouveras plus personne qui connaisse la technique pour transformer les pellicules en image… Après avoir pris congé de sa tante, elle rentra et décida d’exposer son problème au petit Raoul, qui malgré son jeune âge, à peine neuf ans, était doué d’une grande curiosité pour la technologie. Au bout de quelques heures, armé de son scanner et de son imprimante, Raoul sorti une première image : il s’agissait d’un petit garçon qui courait avec une baguette de pain sous le bras. L’image créait immédiatement une émotion intense, un sentiment de légèreté se dégageait de la scène. Roseline encouragea Raoul à imprimer d’autres images. Une série sur ce qui semblait être la libération de Paris acheva de convaincre Roseline qu’il ne s’agissait pas d’un travail d’amateur. Il était trop tard pour rendre de nouveau visite à tante Annette. Après une nuit blanche, Roseline se téléporta de nouveau à la maison de retraite. — « Dis-moi tante Annette, Raoul a réussi à sortir quelques images, elles sont vraiment très belles » — « Tu trouves ? Je suis contente qu’elles te plaisent » — « Il s’agit de photographies professionnelles, n’est-ce pas ? » — « Disons que papa était un amateur éclairé… » — « Pourquoi n’avez-vous pas réédité ces photos, et pourquoi je ne trouve rien sur le travail de mon arrière-grand-père sur Internet ? » Annette était de plus en plus embarrassée. Elle n’avait pas envie de mentir à cette petite-nièce attachante qu’elle avait toujours considéré comme sa propre fille. Elle décida de lui livrer le secret qu’elle gardait depuis vingt ans. — « Tu te rappelles qu’en 2020 la France a été frappée par une terrible épidémie. Nous sommes restés confinés 18 mois, des milliers de personnes ont perdu la vie, les médecins n’arrivaient pas à lutter contre ce virus qui ne cessait de muter et attaquait de nouveau des personnes qui se croyaient immunisées. Nous avons dû prendre des mesures sanitaires drastiques pour stopper la propagation du virus. C’est à cette époque que nous avons interdit tous les contacts entre humains au niveau du visage ». Mais cette mesure devait être maintenue après le déconfinement, pour éviter toute reprise du virus. Il fut donc décidé d’éliminer de toutes les références culturelles les images de contact au visage. » — En quoi cela explique-t-il la disparition de l’œuvre de mon arrière-grand-père ? — La photographie la plus célèbre de ton grand-père s’appelait “Le baiser de l’Hôtel de Ville” — « Le quoi ? » — « Oui, tu ne sais pas ce que c’est, laisse-moi t’expliquer ». Avant 2020, lorsque deux personnes voulaient se montrer leur amour, elles mettaient leurs bouches en contact. — « C’est dégoûtant ! » — Il fallait que cette habitude cesse pour plusieurs générations pour stopper les risques de contamination. Toutes les références au baiser furent bannies de la littérature, du cinéma, de la chanson. En ce qui concerne ton arrière-grand-père, le nom Doisneau était tellement lié à cette photographie, qu’il fut décidé de le bannir de l’histoire de l’art. Ce fut un déchirement pour nous ses filles, mais il en allait de l’avenir de la France. Toutes les photos et références ont été détruites, sauf les pellicules car la police n’a pas ouvert le grenier de l’atelier qui est aujourd’hui ta maison. Roseline rentra chez elle chamboulée par toutes ces informations. Le petit Raoul lui montra comment imprimer les images et elle commença le travail laborieux d’impression de toutes les pellicules. Au dixième jour, les amoureux enlacés sortirent de son imprimante. Sa décision était prise : son bébé s’appellerait Robert. 30 ans plus tard, après l’ouverture des archives secrètes du COVID, il serait le leader du mouvement de « réhabilitation du baiser ».

par Laurence L.

ET APRÈS ?

Ca y est, on sortait enfin, et de manière légale. L’économie s’était écroulée, c’était inévitable. On ne savait pas trop comment allait se passer la suite… La situation n’avait rien à voir avec toutes les crises d’auparavant. Le monde s’était et allait profondément se métamorphoser. Si l’économie s’était écroulée c’était néanmoins comme nous l’avions prévu au profit de l’environnement. Les paysages devant nos yeux faisaient penser à une disparition soudaine de l’espèce humaine. Les plantes poussaient sauvagement sur les bâtiments abandonnés, les animaux traversaient les villes surpris de voir nos visages à nouveau. Cela faisait 1 an, 6 mois et 17 jours que nous ne sortions que pour récupérer nos approvisionnements devant chez nous. Comment aurions-nous pu imaginer ce scénario ? Tout est allé si vite, puis si lentement. La population mondiale a drastiquement diminué au cour de cette année de confinement. Le monde entier vivait alors une grande remise en question. Pour la première fois toutes nos sociétés s’étaient retrouvées faibles face au même ennemi. Nous protégions tous la même chose : la santé de l’espèce humaine. Les sociétés s’étaient réorganisées en fonction de débats mondiaux menés par les dirigeants des pays. Malgré beaucoup de divergences, le fait d’avoir un objectif majeur commun les poussaient à trouver des terrains d’entente. Une alliance mondiale inédite s’était créée afin de sauver la population mondiale. Les jours qui suivirent la fin du confinement, nous les passâmes tous à l’extérieur. Les journées étaient un spectacle de retrouvailles permanent. On n’avait jamais autant apprécié être dehors. On chérissait la foule, on n’avait jamais autant aimé la présence d’autrui. Les enfants avaient grandi. Qu’est ce que c’est 1 an de confinement dans l’esprit d’un enfant ? Oubliera-t-il ? Comprendra-t-il ? Comment retourner à une vie normale après avoir passé ses journées chez soi pendant plus d’un an ? Comment allait se reconstruire notre société ?

par Auxane L.

VERS LUISANTS

En y réfléchissant, j'ai toujours trouvé étrange la vision occidentale de la protection des données à caractère personnel. On exposait délibérément l'intégralité de notre vie par stories interposées, on documentait en direct notre intimité en se persuadant qu'un morceau de scotch apposé sur une caméra d'ordinateur serait un rempart infranchissable, garant de notre sécurité. Mais, vigilants, la garde haute même pendant une pandémie mondiale, nous avons refusé les applications de tracking gouvernementales censées récolter des datas sur nos déplacements et nous informer de notre contact avec un porteur du Covid. Donc de notre infection potentielle. On se méfiait de ce qu'un tel outil pourrait engendrer comme dérives. Et puis ses limites semblaient nombreuses. A commencer par les porteurs sains, vecteur de l'épidémie et sans symptômes. Qui tomberaient malades quelques jours après leur contamination ou continueraient de mener leur vie en ignorant tout à fait qu'ils étaient des bombes à retardement… C'est au bout de deux mois de confinement, que les chaînes d'info commencèrent à parler d'une solution miracle venant d'un laboratoire pharmaceutique en Afrique du Sud. Et stupeur, il ne proposait ni le remède soignant les infectés, ni le vaccin qui enrayerait l'épidémie. Mais un marqueur. Les chercheurs avaient en fait créé un nouveau symptôme de la maladie qui se manifesterait dès la présence du Covid dans l'organisme de son hôte. Le blanc des yeux se colore d'un vert luminescent en une poignée de minute après l'infection. Les vidéos de démonstration du laboratoire sont devenues virales. Celles de l'apparition de deux yeux vert brillant dans le noir faisaient sensation sur Tik Tok. La demande pour le “vert de méthylène”, solidement breveté, a immédiatement été colossale. Tous les gouvernement en voulaient. Le laboratoire le vendit à prix d'or. Il faut dire que cela permettait des confinements ciblés, au cas par cas, une identification irréfutable, immédiate et applicable par la population elle-même. Même les chinois pourtant particulièrement bien dotés en terme d'outils numériques de contrôle de population se l'arrachaient. C'est comme ça qu'on a enrayé l'épidémie… En faisant de ce laboratoire un nouveau géant économique, et de l'Afrique du Sud le pays au PIB le plus élevé. En déversant le vert de méthylène dans tous les systèmes d'eau potable. En confinant par pression sociale tous les “vers luisant”. En interdisant le port de lunettes de soleil en public.

par Thibault P.

5 MARS 2024, CAMP DU BOURG-NEUF

Je suis rentré dans le camp en début 2022, lors de la troisième vague de la pandémie, il était déjà plein à craquer. Entassés les uns sur les autres, beaucoup sont morts et nous ont légué de la place, j’ai vite compris qu’elle n’était que temporaire en constatant les cycles de plus en plus massifs d’arrivées de nouveaux malades. Je me souviens du regard des gens, j’y voyais la peur de cette menace invisible associée à l’obéissance aveugle envers l’armée, dans laquelle résidait sûrement leurs derniers espoirs. C’est pas étonnant, après les échecs des derniers confinements, le gouvernement avait perdu confiance envers les français dans leurs capacités d’assurer leurs propres survies par la seule action de rester chez eux, et honnêtement, nous aussi. Les camps c'était le meilleur moyen de nous surveiller pour arrêter les propagations alors ils les ont imposés et on a accepté. Nos journées consistaient à attendre que les choses se passent et elles prenaient leurs temps. Certains ont pensé à prendre des livres ou de la musique, ces denrées devinrent rapidement les plus convoitées autour du camp et leurs hôtes acceptaient volontiers de les partager. Au bout de 5 mois, les nouveaux malades arrêtèrent d’affluer, notre communauté n’avait été et ne serait plus jamais aussi grande. Sur l’unique radio du camp, le président annonce un déconfinement partiel pour les citoyens testés comme sains mais nous n’avons jamais reçu de tests, notre situation n’est même pas mentionnée dans le discours. Les soldats gardant le camp laissaient entendre derrière leurs grands masques que nous représentions toujours une menace et que nous devions rester enfermés jusqu’à nouvel ordre. Néanmoins cela faisait des semaines que la santé commune était rétablie, mais rien ne changeait. Et les heures passaient comme les mois, il y avait petit à petit de moins en moins de gardes pour nous surveiller, ils se trouvaient compensés par de plus en plus d’armes. Des rumeurs supposaient qu’ils étaient envoyés mater les multiples révoltes dont nous faisaient écho les haut-parleurs de la radio, les infos devenaient bizarres, comme si chaque mot était tourné pour valoriser un état qui apparaissait pour nous toujours plus autoritaire. En réponse, je me suis mis à dire ce que je pensais. Tous les soirs, 2 heures après le couvre-feu, discrètement, on se retrouvait tous dans le dortoir des hommes. Je ne disais pas ce qu’ils voulaient entendre, que ça allait s’arranger, qu’en restant patient on reprendrait nos vies d’avant, mais je leur disais la vérité, que dehors les gens ne sont plus aussi libres et qu’ici les rations s’amincissaient. Le monde nous préfère morts, nous n’étions plus des humains mais des soucis. Tous les soirs, 2 heures après le couvre-feu, des personnes de la communauté venaient conter leurs histoires, avec le temps nos liens se sont soudés, la parole se libérait. Quant à moi, on m’a érigé comme le porte étendard de l’esprit contestataire du groupe. Alors, quand le 20 octobre 2023, les soldats ne nous ont pas distribuer de portions, l’indignation globale s’est tournée vers mon discours, prêt à agir en conséquence. Le lendemain à minuit, les hommes encore en capacité de courir se divisèrent en deux groupes et attaquèrent simultanément l’armurerie et le garde-manger. Beaucoup, beaucoup trop de place s’est libérée le soir de cette nuit sanglantes, mais le nombre et l’acharnement de nos sauveurs ont eu raison de quelques treillis armés jusqu’aux dents. Dès l’aube, un nouvel escadron se dressait à l’horizon, décidé à récupérer leur base, mais c’était notre camp désormais. Pendant 3 jours, des sommations, des assauts nous plongeaient dessus, nous avons tenu par le miracle de notre volonté, or les munitions ne connaissaient pas de multiplications. A la fin du troisième jour, je me suis dressé devant le feu ennemi dans un ultime élan de volonté qui voulait camoufler mon désespoir et j’ai crié « Nous sommes la communauté du Bourg-Neuf ! Aujourd’hui, Le 24 octobre, Nous déclarons notre indépendance à l’Etat français ! Car la seule reconnaissance que celui-ci nous accorde est le statut d’ennemi, des hommes, des femmes, des enfants, rangés du côté du virus et qui devraient être éradiqués au même titre ! En nous traitant de la sorte, l’Etat fait une négation de la vie elle-même ! Nous ne voulons pas faire part d’une telle nation. Nous ne voulons pas non plus être assimilés aux rebelles qui prennent les rues de notre pays pour détruire ce semblant de civilisation. Non, nous, nous occupons seulement de ce à quoi vous nous avez réduit ces dernières années, nous avons choisi de faire œuvre de cet espace de manière autonome. La commune du Bourg-neuf s’étend jusqu’à la rivière de La Sèves au Nord, jusqu’au marécage derrière la forêt à l’Ouest et jusqu’au bout du champ, à environ 1km au Sud. Nous jurons de ne plus jamais quitter ce territoire, nous resterons isolés comme vous l’avez souhaité, nous ne sommes plus un problème à traiter. Je m’adresse maintenant au chef de ce bataillon, vos troupes se trouvent sur notre territoire, vous êtes priés de le quitter ou nous tirerons à vue. » Pendant une minute, le silence. Seul le vent de la plaine osait encore et toujours s’exprimer. Je me tenais debout, devant les portes du camp, les yeux fermés. J’étais prêt à affronter la balle de sniper qui répondrait à notre dissidence. A la place, j’entendais des bruits mécaniques, des lourdes roues de véhicules militaires qui s’effaçaient dans le vent. Ce soir-là nous avons fêté notre victoire avec des rations décentes, le lendemain nous nous sommes mis à nous organiser. Nous sommes allés dans la forêt pour récupérer du bois, nous avons commencé les fondations de futurs logis en dehors des barbelés. Au bout d’un mois, nous avions terminé la construction d’une grange qui faisait office d’école pour les enfants. Tout le monde avait sa place, son rôle dans la communauté et chacun le définissait de lui-même. La sécurité était assurée par un corps d’armée, qui s’occupait par la même occasion de la chasse et de la cueillette. Moi, j’aimais bien varier les rôles, aider au jour le jour là où l’on avait besoin de moi. Depuis l’indépendance les membres de la communauté me montraient une certaine reconnaissance dont je ne me sentais pas légitime, l’honneur était à tous ceux qui ont donné leur vie pour ce projet. Refusant le rôle de leader, nous avons mis en place une assemblée démocratique dans laquelle chaque adulte peut participer aux décisions pour le futur du camp. Grâce aux connaissances des anciens ingénieurs, plombiers, charpentiers et tant d’autres, le camp réussi à prospérer rapidement, malgré le rude hiver. Nous étions parvenus à améliorer la disponibilité d’eau courante et d’ici quelques mois, nous avions prévu d’irriguer nos propres cultures et de nous débarrasser enfin des portions stockées. Nous avions même espoir d’avoir de l’électricité par un moulin hydraulique, jusqu’à aujourd’hui… J’ai été sorti brusquement de mon sommeil autour de 5 heures du matin par un des gardes de nuit. Il me guide d’un pas hâtif jusqu’au mirador Nord. Arrivé dans sa cachette, il me tend une paire de jumelles et me demande de regarder attentivement derrière la rivière. Le ciel est teinté d’une douceur paisible, le soleil encore camouflé laisse apparaître ses premiers éclats. A travers les barbelés froids, les herbes dansant dans le champ, les reflets de la rivière, j’arrive à percevoir des ombres se mouvoir derrière des broussailles. Ma radio s’allume, c’est le mirador Sud qui entend des sons mécaniques. Je me concentre et j’entends aussi. Le bruit est plus écrasant, plus lointain que les machines d’il y a 6 mois. Le soleil montre son visage et irise le champ d’une couleur orangée. La voix du garde au mirador Est cri dans ma radio : « Des soldats ! au moins 5 véhicules lourds au bout du champ ! ». Une roquette se profile et traverse la culture jusqu’à éventrer la porte principale, le mirador Est s’effondre dans une explosion. Un tank blindé brise l’horizon, devancé par 3 Jeep fonçant vers la brèche. Au même moment, des troupes s’élancent depuis la rivière, depuis la forêt : en une seconde nous sommes piégés. On descend du mirador, des gens crient et courent pour s’abriter derrière les grillages, les femmes tombent, leurs enfants dans leurs bras, criblés de balles par les véhicules à leurs poursuites. Nos gardes ripostent, tiennent la position devant l’embranchement, mais les moyens déployés par l’armée les empêchent de s’exposer, par risque de finir transpercés par des milliers de feux. La communauté se réfugie dans les anciens dortoirs. L’armée s’approche de la faille. Une seconde roquette explose la grange de l’école et les bâtisses environnantes s’embrasent. Soudainement, deux gardes m’attrapent par les bras et me conduise hors du front. Hors de moi, je leurs interdis de privilégier ma vie, ils me répondent « Non, vous nous incarnez. On ne les laissera pas vous avoir. » je reste sous le choc. Un homme vient avec moi l’autre reste à la porte, nous voilà enfermés dans le garde-manger. Le noir complet ; seul reste l’ouïe, nos respirations en panique, les hurlements, mais tous disparaissent quand retentissent les coups de feu. On comprend que les soldats ont pénétré l’enceinte du camp, les gardes ne pouvaient plus tenir. Dans le dortoir, à côté, une porte se brise, je n’avais jamais entendu des armes se déclencher si proche de moi. Je sais que derrière le mur sur lequel je me reposais, de nombreux membres de la communauté ne se relèveraient pas. Juste après un poids s’écroule sur la porte, le garde à mes côtés se raidit. Des bruits de pas désordonnés s’arrêtent, tout proche. La lumière remplit la pièce, une ombre horizontale la transperce et tire directement sur l’homme qui me protégeait. Son sang se répand sur ma peau, son corps me camoufle. Il se retrouve éjecté contre le mur, 2 ombres d’hommes massives me surplombent, portant dignement les outils qui tuèrent les miens. Le premier s’avance, un grand masque couvre son visage, mais ses yeux me dévoilent un démon. Il tend son bras en diagonal, le canon de son fusil d’assaut pèse sur mon front. Je ne peux plus penser. Je croyais qu’à ce moment je reverrais ma vie, mais la peur paralyse mes muscles et mes organes. Le démon devant moi recharge son arme et me dit : « voilà ce qui arrive quand on s’oppose au Système ».

par Hugo D.

SAPIN DE LEONE

Face à l'envolée des prix des billets d'avion, Dassault a pris la décision de reconvertir son industrie de l'armement en opportunité financière touristique. Pour ce faire, il propose des voyages all inclusive en drônes à compter du 12 mai 2020. Tout l'enjeu pour l'industriel est de faire accepter à un maximum de voyageurs l'idée de rapetisser. Le service clientèle propose ainsi aux volontaires de suivre un traitement d'une semaine au cours duquel chacun d'entre eux passera d'une taille moyenne d'1m70 à celle de 30 cm. L'inconvénient de l'affaire c'est que le traitement, comme tout traitement d'ailleurs, a ses effets secondaires et provoque un certain nombre de désagréments. Parmis les plus contraignants, une étude récente a démontré que 90% de la population témoin, suite à la prise complète du traitement, éprouve des flattulences bruillantes et odorantes une fois en vol. Un correspondant de la Dépêche du Midi, qui pour les besoins de l'enquête a participé au premier essai, a déclaré en sortant : "J'ai cru assister à un concert des tambours du Bronx sur la place aux arcades". Au sujet du caractère intempestif des odeurs, Dasault & Cie, a su réagir à temps puisque son aile Recherche et Développement a convenu d'un accord de principe pour une livraison mensuelle de 300 000 sapins odorants à l'entreprise Febreze à compter du 12 mai prochain.

par J.L.S Roux

GIROUETTES

Finalement aucun mort du coronavirus en Chine. Évidemment j'exagère, mais ils seraient capables de nous faire avaler ça ! De toute façon tout le monde est dans le flou maintenant, et moi le premier. Au début je croyais comme vous que les premiers cas étaient chinois, mais depuis 2 semaines, le gouvernement français dément cette info. Alors on est sceptique au début, puis quand les pays changent d'avis un à un, on se fait à l'idée. Maintenant, chacun dit le contraire de son voisin et change d'avis plus vite que son ombre. Je crois que "dire la vérité" est passé après "dire comme ses alliés". Dans ce cas que penser ? Je suis pas sorti de mon salon, qu'est ce que j'en sais moi ? Alors je me pose plus la question, c'est plus simple.

par Gaspar D.

LIERRE

Je me réveille encore avec ce mal de crâne. Je ne sais plus quand tout cela est devenu habituel pour nous. Le lendemain de l'annonce du confinement total, je recevais ma commande de Truffaut, un bébé lierre grimpant. Ma fille en voulait un après avoir lu une BD dont j'ai oublié le nom. L'histoire d'une bande d'enfants qui approchent d'une maison laissée à l'abandon où le lierre a recouvert toute la maison. Ma fille disait que le lierre servirait d'abri pour la maison et que nous on serait abrités par une maison abritée. Je le plante avec ma fille sur le petit plan de terre juste en dessous de ma fenêtre. En l'orientant plein sud, on peut guider la pousse afin qu'il aille vers le haut. Le type de Truffaut me dit qu'il faudra le couper tous les six mois pour qu'il garde une taille raisonnable. Raisonnable, hein. Je sais plus comment on en est arrivés là. Je me réveille, et ce mal de crâne qui dure depuis une semaine me lance. J'ai de la fièvre et j'ai la sensation de perdre le goût. J'ai l'impression de l'avoir chopé mais ma femme, urgentiste, m'assure que c'est pas ça. Nos baisers aussi ont perdu le goût. Je sors de mon lit en essayant d'ignorer ce mal de tête qui me brûle. Le soleil peine à traverser le lierre qui a remplacé le rideau en jacquard offert par ma belle-mère. Le feuillage a tapissé mon matelas, les branches courent sur les plinthes. Étrangement la maison entière semble avoir fusionné avec Patrick. Ma fille appelle le lierre Patrick. Je vais réveiller ma fille pour qu'elle puisse être debout pour accueillir maman dehors. Encore somnolente, elle se blottit dans mes bras et je vais pour sortir. Patrick n'aime pas vraiment notre porte d'entrée, elle l'a pour ainsi dire remplacé ou même écrasé. Patrick s'infiltre partout. Je sors difficilement en arrachant des bouts de Patrick, le soleil m'aveugle, toujours ce mal de crâne. Ma fille se cache les yeux avec son doudou. Ma femme arrive tout juste devant chez nous. « Surprise », murmure doucement ma fille. Elle l'embrasse et part vers la maison. « J'ai besoin de dormir ». Elle passe la porte en arrachant du lierre tout en manifestant un grognement d'énervement, ce grognement si habituel qu'il est venu supplanté les mots et les ordres « faut qu'on découpe Patrick ». Ma fille m'extirpe de ma songerie en me mettant une main dans l'oreille comme si elle voulait saisir quelque chose. Je m'écarte par réflexe, « Attends Papa t'as un truc dans l'oreille ». Elle tire, la douleur est insupportable comme une craie sur un tableau et d'un coup sec elle arrache quelque chose, une racine. Je tiens une racine dans ma main tout droit venu de mon oreille droite, et a l'autre extrémité se trouve un petit bourgeon rose pâle. Je ne sais plus quand tout cela a commencé.

par Lambert R.

LES FERROVIPATHES

Dans le sillage d'Ulysse, j'avais pensé sillonner la Méditerranée au printemps 2020. Avoir vécu en direct le krach d'une industrie aussi performante que celle de l'aviation n'arrangea pas mes affaires – partir en vélo ou en stop n'était pas une option –. Si nous avions pu accélérer jusqu'à obtenir cette instantanéité du voyage, il nous semblait alors vivre une transformation. De manière concrète, celle-ci façonna progressivement hommes et femmes en ferrovipathe ; car quelque 10 mois après le déconfinement national, passer une frontière était redevenue possible. Pour bon nombre d'adeptes de la vitesse, dopés au kérosène, cette métamorphose fut un choc. Alors que la modernité avait compressé l'espace, c'est un ralentissement qui leur a été offert. Avoir cherché à repousser les frontières et accélérer la marche du monde était un projet partagé par tous, encore fallait-il que cette accélération ne devienne pas aliénation. Pour le Collectif Des Ferrovipathes (C.D.F.), il était nécessaire d'accepter de perdre du temps. Leur slogan : « Passer le temps » rassemblait déjà tout un programme qui ne faisait plus des grandes distances un problème. C'est un large mouvement associatif qui permit de relancer plusieurs lignes de trains de nuit. Récemment, il y a eu cette fille d'à côté qui en partant de Rodez a pu se rendre au Kirghizistan. Le voyage aurait été inimaginable douze mois en arrière. Elle put rapidement traverser l'Allemagne puis la Pologne en train de nuit moderne. L'escale à Minsk, après trois jours de voyage, donnait un avant-goût de Moscou. Cette aventure changea profondément une fois embarquée dans le Kyrgyzia (n°18 Щ). Il faut trois jours pour rallier Bishkek. De là, une succession de modes de transport improvisés lui a permis de rejoindre la ville de Naryn perchée à 2050 mètres. Seuls les voyages en train, le fait de passer par les montagnes, par la campagne, offrent le plaisir esthétique qui aide à combler ces heures perdues. En train, il est facile de vivre les changements de paysages, d'y planter des personnages plus ou moins fictifs et ainsi accepter de laisser le temps se perdre. Petit, je voulais un vélo pour faire le tour de la maison, puis un vélo plus gros pour faire le tour du village, et puis une voiture pour faire le tour du coin. Plus récemment, j'ai voulu un avion pour faire le tour du monde alors que ce qui était suffisant, c'était un train. Bien qu'il soit plus lent, il faut se plaire à rendre, de temps à autre, le monde indisponible. Le freinage d'urgence vécu au printemps 2020 a été un grand moment de décélération collective qui a laissé des traces. Les cyclistes ont pris le pouvoir en ville, les ferrovipathes s'approprient les continents - et je me dis qu'aujourd'hui j'aurais pu partir en vélo faire ce tour de la Méditerranée. Redécouvrir les rails comme « veines de la Terre » et accepter de perdre du temps pour observer le monde occupé, c'est ce qui me permet d'écrire depuis le comptoir du Kayan à Beyrouth.

par Sofian B.

PONEY

concomitement, on découvre que les chevaux secrêtent une molécule qui nous protège du cov-19. Du coup, on ouvre des poney-clubs partout, on se déplace à dos de cheval donc osef le bîtume, et on les laisse vaquer ici et là en temps libre, faisant copaines copaines avec les plantes.

par chicheportiche

ILS PARTENT EN VACANCES !

L'utilisation d'Internet explose. Soudain, Sundar Pichai, ancien boss de Google, fait un retour en grâce et fonde www.ticketstostayalive.org, plateforme d'achat permettant d'acquérir un aller-simple à prix standarisé pour ZEGEMA BEACH. Le covid-19 est éradiqué par une petite pulsion estivale des terriens qui voulaient voir la galaxie...

par Werner Weiss

CACOFOLIE

Longtemps il y avait eu le silence. Silence pesant, angoissant, apaisant parfois. On s'était mis à entendre à nouveau: comme une renaissance. Le chant fragile des oiseaux, le murmur d'un courant d'air, tous des bruits d'ordinaire étouffés par la ville. Les rares fois ou une voiture passait, c'était dans un vacarme assourdissant et on se demandait comment, pendant toutes ces années, elles ne nous avaient pas troublés. Mais ce matin tout est reparti. Tout tremble et vibre, la cacophonie de la vie semble plus monstrueuse encore. Je suis attaquée dans mon intimité. Les éclats de voix traversent mes murs. Les Klaxons s'infiltrent par dessous ma porte. Les escaliers qui craquent, les injures qui s'échappent, les trains qui résonnent. Enfin libres qu'ils disaient ! Et me voilà prisonnière d'une foule insensible. Plus il y a de vie, plus je me sens seule, plus je crois disparaître, englouti par cette masse qui ne perçois plus rien. Enfin dehors qu'ils disaient ! Mais je ne vois déjà plus que des regards vides, obsédés par leur propre vérité. Et loin, bien loin de moi et de ces mois dont il ne reste rien.

par Emma S.

GUTENBERG

On vivait une transition étrange, la PQR (presse quotidienne régionale) mourait à petit feu depuis des années déjà, bien avant le confinement, ce dernier n’a fait que souffler sur les braises. Centre-Presse, le journal de chez moi avait abandonné toute velléité à faire du journalisme en profondeur. Ils avaient tenté bien malgré eux de prendre ce que l’on a longtemps appelé le virage numérique dans le jargon du business « à la papa ». La crise sanitaire du Coronavirus a précipité la désertification des salles de rédactions de ce journal. Une cellule numérique a subsisté durant les quatre premiers mois du confinement, puis s’est doucement éteinte, elle reprenait de petites informations extrêmement locales. En parallèle, le réseau de correspondants que Centre-Presse avait tissé depuis plusieurs décennies était maintenant sans maison-mère, désemparé. Les journalistes de métier se sont retrouvés sans emploi. Après les premiers temps passés un peu hagards, tous devaient trouver comment faire perdurer l’information. Peu à peu, sur les réseaux sociaux — Facebook en premier — des chroniques hasardeuses sont apparues, laissées là, à la volée, comme pour faire vivre une habitude. Bien sûr, elles avaient le point de vue du confinement et n’étaient guère organisées entre elles. Aux alentours du cinquième mois de confinement, on a vu naître des dizaines de comptes dédiés à de l’information locale, comme le célèbre Campagne-Confinés tenu par des bénévoles. En cette période de distanciation sociale, s’informer sur la vie du local était devenu plus dur que de se tenir au courant des actualités nationales ou mondiales, qui arrivent facilement jusqu’à nous sur internet. Sous l’impulsion des plus jeunes, de jardin à jardin, de village à village, ce maillage s’est solidifié et digitalisé. Des cellules locales de bénévoles se sont organisées et comme l’on entretiendrait un forum de jeux vidéo, chacun y a trouvé sa place. Une longue année a passée comme cela, chacun chez soi. On voyait bien que les réminiscences d’un système du début du siècle étaient là, que chaque commune retrouvait son propre titre de presse. Tous les intéressés de la chose avaient pris le temps durant cette année de confinement de se former aux outils de blogging et les formats longs avaient maintenant toute l’attention des lecteurs. Balbutiants les premières semaines, les journaux ont affirmé des modèles économiques de plus en plus pertinents. Certains étaient financés par les communes elles-mêmes, d’autres étaient payants, certains étaient à l’article. Leurs formes directement digitales à permis de réduire drastiquement les coûts et d’offrir une alternative papier pour les lecteurs qui le désiraient le plus. Des outils sont apparus comme CanardLocal, une plateforme qui organise la rédaction d’un journal local et qui met automatiquement ses contenus en forme pour l’impression et pour le numérique. Cet outil aide au renouveau d’une PQR qui ne s’est jamais aussi bien portée. Nous sommes en juillet 2021, le confinement prend fin.

par Quentin T.

CLAIR OBSCUR

Depuis le balcon d’un travail disparu, difficile d’apercevoir âme qui vive à l’horizon, pourtant si nombreuses à battre le pavé il y a quelques semaine pour défendre une réforme des retraites. La même qui semblait diviser public et privé, jeunes et anciens ou un régime plutôt qu’un autre. La même, aussi, tombée dans les oubliettes, le temps du confinement. On regretterait presque cette période, pas si lointaine, rythmée par les appels à la grève des cheminots, où la guerre des chiffres n’étaient qu’une question d’égo. Déjà, la question des finances inquiétait les dirigeants. Mais que signifient ces nombres face à la nature de l’humain ? Plongés dans l’obscurité depuis l’apparition d’un autre mal beaucoup plus anxiogène, ces mêmes gens cherchent désormais à occuper leurs journées, sans avoir à sortir de chez eux. Coincées entre quatre murs, les journées se suivent, s’étirent et se ressemblent. Avec parfois l’envie de s’en cogner la tête pour mieux appréhender cet univers insolite dont je suis absent. Une période provisoire comme une nuit noire qui ne semble avoir point d’aube. Envolés les moments de tendresse, de partage et de bonheur avec ses collègues, amis ou famille. Et c’est probablement ce qui reste de plus compliqué dans cette guerre d’un genre nouveau. Se recroqueviller sur soi-même quand l’envie d’aller vers les autres anime notre quotidien. Il paraît que la socialisation stimule les fonctions cognitives du cerveau et favorise ainsi une bonne santé mentale. Comme quoi, les petites choses de la vie suffisent à l’équilibre d’une certaine douceur. D’autres diront que le téléphone et les réseaux sociaux existent, et heureusement, pour prendre le pouls de ses proches au milieu de la tempête. Mais rien ne remplacera la chaleur du contact humain, ni n’éteindra ces sourires, mêmes cachés derrière un masque blanc. En attendant de jours meilleurs et crier tout mon amour au monde entier, voir la solidarité s’organiser et les blouses blanches s’acharner pour refouler cette foule de malades restent les meilleurs remèdes de cette actualité brumeuse.

par Loïc B.

LE JOB DE MES RÊVES

Angoissée, Inès se prépare aujourd'hui à passer son premier entretien d'embauche. Elle y travaille depuis bientôt cinq ans. Il faut bien ça, pour oser postuler à un poste si prestigieux. En route vers le siège de l'entreprise, elle repense à la joie de ses parents, le jour où elle a obtenu son diplôme. C'est dire qu'elle a dû s'accrocher pour atteindre ce rêve que tout le monde convoite. Les professeurs de son école étaient intransigeants et la pratique sur le terrain était considérée comme essentielle. « Il faut se salir les bottes ! », disaient-ils. Elle a dû en faire des stages, pour prouver sa vraie valeur ! Elle roule maintenant en direction de l'entrée du site. On lui ouvre le portail et lui indique le chemin à suivre vers le bâtiment principal. Le site n'est pas aussi étendu qu'elle l'imaginait, elle aperçoit rapidement le lieu indiqué. Ça y est, le stress commence à s'installer. Cela fait si longtemps qu'elle attend ce moment. Elle arrive enfin au centre d 8:28 Elle arrive enfin au centre de cette entreprise familiale, où l'exigence et le savoir-faire sont reconnus par le plus grand nombre. Elle se gare à côté d'un des véhicules de fonction. Ils sont magnifiques, alignés comme des trophées, ils reflètent parfaitement l'importance de la société. Le chef de l'entreprise vient en personne l'accueillir. Ça y est elle va enfin pouvoir réaliser son rêve et devenir agricultrice ! Le métier de ces héros, sans qui la famine aurait dévasté le pays suite aux lourdes conséquences du Covid 19 sur les échanges commerciaux en 2021.

par Léopoldine B.

STOP AND GO

Je pense que tous les Uber Eats ont dû au moins une fois imaginer comment on pourrait faire un sale coup à Uber. Mais il fallait être nombreux, se connaître, et on avait — faut le dire — la tête dans le guidon. Mais là tout d’un coup, comme on faisait partie des seuls pas confinés, on ne pouvait pas se rater dans les rues. Ça a commencé par des “bonne course” en se croisant. Comme la plupart des restaurants étaient fermés, on se voyait toujours aux mêmes pour prendre nos commandes. C’est comme ça qu’une communauté s’est créée. En fait, ça aurait jamais pu arriver avant, parce que personne est fier d’être Uber Eats. Tu peux pas faire une communauté avec des gens qui ont honte de leur métier. Puis c’est les petites communes qui ont lancé le mouvement en premier. Un jour, un gars a créé un groupe facebook pour les Uber Eats de Montceau les Mines, une ville un peu perdue en Bourgogne. Il les avait déjà presque tous en contact, et les quelques autres qui restaient ont été invités. En fait, tous les Uber Eats sont connectés en permanence. En plus quand on attend des courses, on est souvent sur les réseaux, donc ça s’est fait très vite. Bref, du coup au fur et à mesure, le groupe facebook d’Uber Eats de Montceau les Mines s’est dit : “imaginez Uber perd son service de livraison sur une ville entière, d’un coup”. Ça a posé beaucoup de problèmes au début, parce que les gars qui font ça sont dans une dèche sans nom. Mais ils ont essayé, pour un jour, sans trop savoir pourquoi, la colère je suppose. Et Uber a réagi. Ils ont immédiatement augmenté le prix des livraisons sur Montceau les Mines. Ils voulaient les faire craquer. Et les gars sur le groupe facebook se sont dit “allez on attend un peu, juste pour voir jusqu’où ils peuvent monter.” Au bout d’un jour et demi, les prix avaient triplé, et les gars commençaient à se dire que ça serait pas trop mal de s’y remettre. Mais vous savez ce qu’ils ont fait ? Ils ont envoyé 4 coursiers, juste pour voir comment les prix allaient changer. Ils ont fait une sacrée journée, mais à la fin, le prix des dernières courses était revenu à la normale. N’empêche qu’ils avaient gagné presque 4 jours de courses en une journée. Du coup, ils se sont relayés pendant un bout de temps, en arrêtant les courses lorsque les prix baissaient trop, et en se redistribuant l’argent pour continuer le mouvement. Et en fait, ils s’en sortaient. Ils avaient encore moins de revenus que d’habitude, mais au moins, et pour la première fois, les Uber Eats pouvaient avoir des congés payés. Ils ont fini par en parler partout tellement ils étaient fiers, tellement ils se sentaient comme des résistants. Du coup un peu tout le monde en France en a entendu parler à un moment donné, moi j’ai voulu faire la même chose dans ma ville, à Rennes. Tous les Uber Eats français se sont mis à rationner leurs courses pour faire monter les prix. On faisait une sorte de stop-and-go bottom-up comme diraient les économistes. Le confinement était fini, mais entre temps, on a été rejoints par Just Eat, Deliveroo, Frichti, tous les taxis à la demande, tous les services d’enfoirés qui enculent les plus vulnérables. La France ça a bien marché, et tout un tas d’autres pays ont commencé à faire pareil ! L’Allemagne, l’Espagne, même les États-Unis. On se disait qu’à la longue Uber aurait plus de thune, qu’ils demanderaient à négocier. Mi 2021, certains services risquaient la faillite, et les États ont commencé à s’en mêler. Il y a eu des démarches de consultation, des grands débats, mais notre souci, ça a été qu’on savait pas vraiment ce qu’on voulait. Enfin si, on voulait plus d’argent et de sécurité, voire même des salaires, mais même au sein des Uber Eats on était rarement d’accord sur les détails. En fin de compte, des statuts ont été créés, des lois enfin passées : les nouveaux esclavagistes avaient même plus la thune de faire des pressions économiques. Les services étaient obligés d’avoir des employés officiels, avec un salaire et des privilèges, comme les congés payés tiens. Le souci, c’est que plein de gens se sont retrouvés sans revenus d’un coup : on le savait déjà, il y a pas assez de place pour nous tous, et moi j’ai pas été embauché. Je sais faire quasiment que ça, du vélo, alors à part tenter le Tour de France, je vois vraiment pas la suite pour moi (rires).

par Victor E.

ENTRAILLES

D’abord, la violence d’un licenciement. Ce sentiment d’être lâché en plein vol, par une entreprise à qui il avait beaucoup donné depuis toutes ces années. Lui, il avait changé de ville, s’était éloigné de ses amis, avait repris une vie de zéro pour cette embauche. Elle, avait capitalisé sur son temps à lui, son énergie à lui, ses compétences à lui. Et elle l’avait déposé sur le bord de la route à la première pandémie venue. La nuit, depuis, il la voit au loin. Elle lui lève la main, l’agite dans un sourire et lui lance un « bonne route » à la volée. Son visage est flou, comme distant et sans trait. Normal. Cette entreprise n’a pas de visage. Elle ne s’incarne que dans cette flopée de costumes-cravates qui se renvoient la balle de la responsabilité, depuis trop d’année. Lequel de ces costumes a eu l’idée ? Par un matin d’avril, en pantoufles face à son écran, de sacrifier les pions, un à un, comme pour repousser le moment où ils devraient tous sauter. Et d’ailleurs, qui débarrasserait l’open-space, après des mois de labeur fantôme ? Qui enlèverait les dernières traces de son passage sur ce bureau ? La pire des violences n’est pas celle-là. L’autre est plus profonde, presque sournoise. Elle s’est présentée comme un retour de bâton, dans un second temps. Elle couvait peut-être depuis des années, sans pouvoir être révélée. Surtout, ne pas flancher. Là, face à lui-même dans son miroir, enfermé avec lui-même depuis treize mois, il s’incline devant l’évidence. Qu’il ait été là, ou pas, depuis quinze ans, le monde n’aurait pas tourné différemment d’un iota. Son bac+5, son rêve d’ascension sociale, son salaire à intervalle régulier pour afficher des vacances dans un lagon bleu du bout du monde : tout cela n’était construit que sur un faux besoin, créé en conscience sur de faux problèmes, dans le but d’occuper une masse d’individus surnuméraires, surdiplômés, trop sûrs d’eux. Dans le puzzle de la société, où chacun occupe une place qui sert le collectif, lui n’avait pas sa pièce. Le puzzle était complet sans lui. L’image lui avait sauté aux yeux alors qu’il regardait par la fenêtre, les yeux embués, le ballet de sirènes, de livreurs et d’éboueurs de la rue. En ces temps confinés, ils avaient le monopole de l’activité. Et cela ouvrait une introspection autrement existentielle en lui.

par Lola C.

PLUS LÀ

On est en janvier, deux semaines avant notre mois de confinement annuel. Il n'y a plus de panique ou de pénuries comme en 2020 ou en 2021 mais il y a une sorte d'électricité dans l'air. Les semaines qui précédent février sont toujours mes préférées. Tout le monde est tout le temps dehors malgré l'hiver et il y a une joie de vivre unique, on profite réellement de chaque instant. Mais après c'est une autre histoire. Quand j'étais plus petit j'aimais bien le confinement mais là on est en 2025, c'est donc notre sixième. Même si on a tous vu ce que la première quarantaine a pu nous apporter, plus le temps passe plus les gens doutent de l'utilité de ce mois que certains voient comme du temps perdu. À l'école mes amis et moi, plus tard on veut juste faire un métier qui nous permettra de sortir dehors même en février comme pompier ou agriculteur. Cette année papa m'a inscrit à un de ces nouveaux séjour de février, des genres de colonies où on reste enfermés entre enfants, on fait des jeux, on suis des cours… Je pense surtout que papa en a marre de se retrouver coincé avec moi tout un mois chaque année. C'est aussi un bon moyen de pas perdre le fil des cours pendant cette période. Le problème c'est que c'est payant. Même s'ils ont adaptés le programme scolaire, j'ai un tas d'amis qui chaque année perdent le niveau sur un mois, parce qu'ils ne peuvent pas s'offrir ce séjour et qu'ils ont du mal à travailler chez eux. L'Etat a assuré qu'il payerait ces séjours à tous les étudiants qui le souhaiterais dans les années à suivre. Mais comme papa dit, vu le prix que ce mois de confinement coûte chaque année à l'économie française pour pas que les commerces fassent faillite, c'est pas prêt d'arriver. Papa dit aussi qu'il est sûr qu'aux prochaines élections, le candidat qui sera élu sera celui qui mettra fin à ce mois de confinement annuel. Moi je sais pas trop quoi penser de tout ça. Je sais juste que ça me fait toujours un peu bizarre chaque année parce que ça me rappelle que toi tu n'en a vécu qu'un de confinement et que c'est à cause de cette chose qui a provoqué tout ça que tu n'es plus là.

par Nathan R.

LIBÉRATION

5 Juin 2040 - LIBÉRATION. Dès la fin de l'annonce, les gens se sont rués impatiemment hors de leur maison, en pleurs ou en hurlant. À ce moment-là, l'excitation grondait en moi, je ne pouvais pas réaliser que le jour que j'attendais depuis vingt ans était finalement arrivé. J'allais enfin pouvoir te retrouver. Cependant, le cauchemar était loin d'être fini. Les larmes de joie ne ruisselaient plus sur mon visage. Me jetant dans une violente affliction, je constatai un paysage méconnaissable : la nature avait pris le contrôle de Brown County. Nous avions été coupés du monde pendant vingt ans, sans aucun contact avec l'extérieur, mais nous l'étions encore. La forêt s'était étendue jusqu'au centre de Nashville, détruisant tout sur son passage. Les racines s'étaient enfoncées dans les routes et les voitures. Nashville ne ressemblait même plus à une ville. Comme tout le monde ce jour-ci, j'étais dévastée, la haine et la frustration me ravageaient, mêlées à un sentiment effroyable d'impuissance : obligation de rester en ville, interdiction de se rendre dans la forêt. Nous étions encore une fois piégés. Une question grouillait alors en moi : « Vais-je un jour te revoir ? ». Cinq mois après la libération, des rumeurs émergent à Nashville. On parle d'aventuriers de la forêt qui ont transgressé les règles afin d'essayer de rejoindre leur famille ou leur partenaire. Je me suis alors demandé si toi aussi tu étais en chemin. Après tout, Belmont n'est pas aussi loin de Nashville. Maintenant, nous vivons dans l'inscience et l'incertitude constantes. Nous sommes réduits à devoir survivre avec des rêves et des envies, en construisant et en maintenant l'espoir. On se permet de croire en ce que l'on veut, parce qu'on a besoin d'imaginaire pour continuer à vivre. Alors, chaque jour, je me rends au pied de la barrière de limitation en t'attendant. J'attends patiemment, comme si ton retour était une évidence. J'admire chaque couleur, comme si ta venue allait subitement briser le paysage verdâtre. Chaque son émis de la forêt m'interpelle, comme si c'était le bruit de tes pas qui s'approchaient. Et maintenant, j'observe chaque plante, comme si la nature avait repris le contrôle à tel point qu'elle s'était emparée de toi, et t'avait donné l'apparence d'un arbre majestueux dans cette forêt destructrice qui m'observe à son tour.

par Léa S.